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Le monde actuel est un bain d'images. Bernard Bador les découpe et les détourne pour reconstruire un univers bien à lui, entre poésie,philosophie et rêve, avec ici et là une pointe d'érotisme.

Daniel Grandidier,
Conservateur en chef du Musée Pierre Noël de Saint Dié des Vosges
Février 2009
L’art de Bernard Bador


Avec Max Ernst et Jess Collins, Bernard Bador est l’un des meilleurs artistes de collage des 20ème /21ème siècles. Comme Ernst et Jess ( Collins préférait être appelé par son prénom) , l’outil principal de Bador est la métaphore. Un tel art opère hors du royaume d’une signification descriptive ordinaire pour construire des structures comme des rêves et fantastiques. A l’instar des rêveries surréalistes sans intrigue, ces photos-montages scrutent l’inconscient. Le meilleur de l’art du collage continue de suivre le temps actuel , car aujourd’hui, peut-être plus que jamais, nous vivons dans un monde de flux dans lequel les images du vrai monde sont de plus en plus « coupées » et « collées » dans de virtuelles juxtapositions.

En tant qu’artistes du « couper-coller », Ernst, Jess et Bador tous présentent des images qui s’interrompent entre elles pendant le processus de présentation d’alignements originaux de métaphores. Cependant leur approche du collage est sensiblement différent. Dans son célèbre livre, Une semaine de bonté, Ernst dépendait de complètes illustrations existantes qu’il altérait avec quelques ajouts collés. Jess, d’une façon contraire, souvent présente un large éventail d’images fragmentées qui forment un blizzard kaléidoscopique. Par contraste avec ces deux artistes antérieurs, Bador généralement présente un assemblement théâtral de plusieurs images-clés dont chacune, seule ou par juxtaposition, maintient sa propre identité.

Il y a aussi une fascinante interaction entre l’Est et l’Ouest dans les collages de Bador. Bouddhas, geishas et châteaux médiévaux japonais surgissent en association à des matériaux de magazines grand public européens et américains et des photos de sport. De ce point de vue, les collages de Bador sont spécialement remarquables dans la mesure où ils caracolent, jouant sur une perspective globale du 21ème siècle. Tantôt humoristique, macabre, élégant et métaphysique, son art est un superbe testament à la métaphore comme la première pierre de construction d’une imagination autonome.

Bernard Bador est aussi un extraordinaire poète dont les sombres métaphores renforcent son flux d’images visuelles. En plus de recueils en français, Panjandrum Press de Los Angeles a publié en 1986 une édition bilingue français-anglais, Sea Urchin Harakiri, un recueil de 44 poèmes que j’ai co-traduits avec lui. Un nouveau recueil , Curdled Skulls, sortira en 2010, publié par Black Widow Press à Boston.


Clayton Eshleman, poète et essayiste,
septembre, 2009
Les vies méticuleuses de Bernard Bador

Le collage est un art fort mal traité par les artistes tout comme par les critiques mais Bernard Bador a trouvé un moyen de contourner les problèmes intrinsèques à ce médium. Cet obstacle est essentiellement de nature récente. Le collage était principalement divisé entre les courants de style de Switters, Picasso,Braque et les soucis contextuels d’Ernst et du surréalisme jusqu’au début du milieu du XXème siècle quand il est devenu un format populaire. Dans les années 50 et 60 plusieurs artistes sont devenus très connus pour leur production de collages parmi lesquels Jess et Satty, peut-on considérer, les meilleurs praticiens.

A leur suite déferlèrent des hordes d’amateurs et de dilettantes qui, ayant trouvé des façons de juxtaposer des images de magazines et autres sources avaient tendance à tromper l’œil d’un spectateur non averti.

Toute cette histoire, bien que légèrement survolée ici, a assombri la perception critique et l’intérêt pour le collage considéré comme simpliste, facile et ton bonnement pas de l’art du tout. Dans une certaine mesure ce rejet était justifié. Cependant Bernard Bador a découvert une méthode du collage qui une fois de plus le replace dans le royaume de l’art.

En regardant de près son travail la technique qui saute aux yeux est le découpage précis et fin des bordures et la délicatesse et la complexité avec lesquelles les images sont superposées ou entrelacées. L’habileté pour manier le scalpel et le papier n’est pas donné à tous. Ensuite, agencer ces petits bouts de matériau pour en présenter un contenu sensé et intrigant, justement ce que Bador réussit, constitue une qualité supplémentaire pour renforcer ses messages.

Ses visions sont personnelles, érotiques, romantiques et humaines. Qu’elles puissent être rendues en peinture ou en dessin est sujet à controverse. Leur réussite comme images et prouesse technique suffit. Ce que les compositions de Bador racontent et nous offrent varie de l’excitation au pur plaisir de la rétine. J’ai trouvé son travail fascinant, étonnamment superbe et qui vaut d’être suivi sur le terrain de la poésie sinon sur d’autres. Voyons ce qu’il arrivera plus tard !

Michael S. Bell, conservateur,
San Francisco, 1987,